1. Objet et pièces examinées
Le Comité examine la deuxième fiche de Louis, Rat de Passage, datée du 19 octobre 2026, avec les deux pages de minutes communes. Le cigare est identifié comme un CAO Gold Robusto. La fiche porte le numéro 2 ; son auteur et son grade ont été confirmés lors du dépôt.
Cette évaluation porte sur la qualité de ses observations et de leur consignation. La note personnelle du cigare, lue à 7,1/10, demeure celle du dégustateur. Le Comité ne se substitue pas au palais ; il se réserve simplement le formulaire.
2. Identification : le module sort de l’anonymat
La marque CAO et la désignation Gold Robusto sont renseignées. L’origine et le lieu de fabrication sont déclarés nicaraguayens, pour un prix de 9 €. Le prix reste une déclaration de séance. La composition est désormais confrontée à la fiche CAO : cape Connecticut d’Équateur, sous-cape et tripe du Nicaragua. L’indication générale « Nicaragua » ne doit donc pas être étendue à toutes les feuilles ; le lieu exact de fabrication n’est pas précisé par les pages de référence retenues.
La dimension « 3 pieds australien » ne constitue pas une mesure exploitable et ne correspond pas au Robusto 5 pouces × calibre 50 annoncé par CAO, soit 127 mm de longueur. Les rubriques de composition mêlent une couleur (« marron kaki »), une appréciation du serrage et une impression d’espacement. Elles ne permettent pas d’identifier les tabacs de cape, sous-cape et tripe. Le Comité reconnaît une tentative de description ; la référence fabricant permet maintenant de préciser les feuilles sans créditer ces informations au déclarant. Le pied australien conserve sa liberté, à distance du tableau des dimensions.
Appréciation : référence commerciale mieux précisée que sur la première fiche ; dimensions et composition restent à renseigner avec les informations de la boîte ou à déclarer inconnues.
3. Construction et examen à froid
Louis coche une construction ferme, avec des points mous et des nervures plates. Il distingue ainsi une impression générale d’un défaut localisé, plutôt que de qualifier tout le cigare d’une seule humeur.
Au nez apparaissent le cuir — décrit par une référence automobile — et le foin de grange. À cru, Louis note la feuille de thé. Ces trois repères sont plus discriminants que la simple mention « tabac / fumée » de sa première contribution. La marque du véhicule renseigne surtout la mémoire olfactive du Rat ; elle n’entre pas dans la composition du cigare. Le cuir recoupe la présentation aromatique de CAO ; le foin et le thé demeurent des perceptions personnelles, sans devoir figurer dans le catalogue pour être recevables.
La coupe en V est cochée. En revanche, aucune case de tirage à froid n’est renseignée. Les minutes mentionnent l’utilisation et l’inauguration de coupe-cigares, sans démontrer une autorisation d’emprunt du Coupe-Cigare du Président : le Comité ne fabrique pas d’infraction avec un accessoire mal identifié.
Appréciation : progrès sensible dans le vocabulaire à froid ; le tirage demeure un silence récurrent du dossier.
4. Allumage et cadre de séance
L’allumage est réalisé à l’allumette. La fiche relève un arôme « chaud », une fumée légère et un volume « mi-cuit ». Ces termes rendent une impression, mais la chaleur et la cuisson imagée ne décrivent ni un arôme précis ni une quantité de fumée mesurable.
Les minutes indiquent un allumage initial digne, une ambiance musicale du CRCC et un accompagnement Golden Eight, liqueur de poire Williams. Elles attribuent à Louis le jugement « trop sucrée » sur cette boisson. Voilà une observation personnelle utile à l’accord, même si son effet précis sur le cigare n’est pas décrit.
La bougie parfumée aux fruits rouges, puis l’incident urinaire de Mandala, font partie du contexte commun. Ils constituent des odeurs concurrentes possibles ; aucune pièce ne permet de leur attribuer une saveur précise ou le mauvais comportement final du cigare.
5. Premier tiers : douceur, mais peu d’arômes explicités
La palette est cochée serrée, la puissance douce. Louis décrit une fumée « transparente », une cendre compacte et une longueur en bouche moyenne. L’évolution va « de l’intrigue à l’évidence » et la note personnelle évoque un très bon moment entouré d’amis.
La description distingue bien puissance, fumée, cendre et persistance. L’évolution reste toutefois narrative : on comprend que le cigare devient plus lisible, sans savoir quel arôme s’affirme. L’agrément social est parfaitement recevable, mais ne remplace pas une observation aromatique.
Appréciation : entrée correctement caractérisée sur le plan des sensations ; le cigare gagne en évidence plus vite que sa description.
6. Deuxième tiers : un rallumage documenté
La palette devient large, la fumée « courte / dense », la cendre « volatile » et la longueur en bouche reste moyenne. La puissance n’est pas cochée. La mention « présent » confirme une sensation d’affirmation, sans préciser son registre.
Le « rallumage bénéfique » est l’information technique majeure de ce tiers. Les minutes attribuent à Louis deux épisodes de rallumage au cours de la séance. Elles consolident donc la réalité des interventions, mais ne permettent ni de dater exactement chaque tiers ni de dire que chaque rallumage a eu le même effet.
Le passage de « serrée » à « large » donne une progression ; l’absence de nouveaux arômes identifiés limite sa précision. Le Comité constate que le sujet revient au service après rallumage, sans pouvoir reconstituer tout son entretien.
7. Dernier tiers : la présence devient encombrante
La palette est désormais pauvre, la puissance forte. La fumée est « passable », la cendre friable et la longueur en bouche « forte ». Cette dernière formule paraît traduire une persistance importante, mais gagnerait à être remplacée par un terme de durée plutôt que d’intensité.
L’évolution « vers le feu ardent » et la sensation qui « se dépose sur la langue, difficile » décrivent un final moins confortable. Les minutes confirment explicitement que Louis n’apprécie plus l’arôme de son cigare en fin de séance. Le profil de gamme doux à moyen annoncé par CAO ne rend pas ce final fort impossible : une présentation commerciale ne réfute pas une sensation individuelle. Les minutes renforcent cette conclusion sans permettre de diagnostiquer une cause : surchauffe, rythme, rallumages et environnement ne sont pas départagés par les pièces.
Appréciation : fin franchement différenciée et cohérente avec les minutes. Le sujet ne manque plus de présence ; il manque plutôt de discrétion sur la langue.
8. Bilan personnel et portée des minutes
La puissance globale de 6/10 et la richesse aromatique de 4/10 sont compatibles avec une montée en force accompagnée d’un appauvrissement final. Le rapport qualité-prix est noté 6,5/10 ; la note générale est lue à 7,1/10.
La durée personnelle déclarée est de 1 h 56. Les minutes documentent la séance et la rédaction entre 23 h 01 le 19 octobre et 1 h 04 le 20 octobre, soit 2 h 03. Ces deux durées ne désignent pas exactement la même chose ; elles ne doivent pas être rendues identiques pour satisfaire un tableau.
Le jugement final valorise le comportement du sujet, la dignité des personnes présentes et la qualité de la discussion. La convivialité a manifestement compté dans l’expérience. La progression aromatique et l’accord avec la poire restent, eux, moins détaillés.
Les minutes ont été utilisées pour le suivi technique, la cohérence du final et le contexte. Elles ne remplacent pas la case de tirage laissée vide et n’accordent aucun point pour les plaisanteries, la transmission de grades ou les sujets extérieurs au cigare.
